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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 11:45
La dame de Rangoon ou l'espoir du Myanmar...

Le 1er février, les membres de la ligue nationale pour la démocratie ont investi le Parlement birman, concrétisant l'immense succès remporté en novembre et marquant peut-être une nouvelle ère pour le Myanmar après des années de dictature.

Aung San Suu Kyi, la Dame de Rangoon, est un des acteurs de ce changement.

L'engagement en héritage?

Aung San Suu Kyi est la fille d'Aung San, un des artisans de l'indépendance de la birmanie vis-à-vis du Royaume Uni. Très tôt, il organise des manifestations d'étudiants et, alors que le pays est envahi par le Japon, organise un mouvement pour libérer son pays des britanniques.

Assassiné le 19 juillet 1947 alors qu'il l vient de négocier un accord avec l'ensemble des forces du pays, y compris ses minorités, pour un départ des Anglais en 1948, il est, aux yeux des Birmans un héros national.

Aung San

Aung San

La démocratie dans le pays est toutefois bien éphèmère. Un coup d'Etat, fomenté par le général Ne Win en 1962, plonge le pays dans la dictature et un isolement complet.

En 1988, en raison du marasme économique, de violentes émeutes ont lieu contre le régime. L'armée tire sur la foule. Des millers de victimes sont à déplorer.

Une junte militaire, composée de généraux issus du régime antérieure, prend le pouvoir. Il s'agit du SLORC, rebaptisé SPDC en 1997 et qui modifie à son arrivée au pouvoir le nom du pays en Myanmar.

C'est alors que la Dame de Rangoon, qui vivait alors en Angleterre avec son mari et ses enfants et était venue à Rangoon au chevet de sa mère mourrante, entre en scène. Elle soutient les manifestants, créé la ligue nationale pour la démocratie et est arrêtée.

Elle a le choix entre se taire et retourner en Angleterre, ou être assignée à résidence dans la demeure familiale. Pour la Birmanie et sans doute pour la mémoire de son père, elle reste.

En quelques jours, elle est devenue un symbôle, son discours devant près de 50 000 personnes, debout sur les marches de la pagode Shwedagon en août 1988, résonnant comme en écho au discours de son père, prononcé à ce même endroit, en 1947, en faveur de l'indépendance.

Une femme de convictions

Commence alors un long combat, pour cette femme qui croit en l'universalité des droits de l'homme, à la force du dialogue et de la non-violence, et qui refuse tous les extrémismes.

"Le courage vient en cultivant l'habitude de refuser que la peur guide l'action"

La dame de Rangoon ou l'espoir du Myanmar...

Depuis 1967, Aung San Suu Kyi a vécu en Inde, où sa mère fut Ambassadrice, puis en Angleterre. Rien ne semblait la préparer à ce retour en Birmanie, et aux longues années de détention ou d'assignation à résidence qui suivront (15 ans).

Mais la Dame croit en son pays et en ses convictions. Elle voyage dans toute la Birmanie. En 1990, la ligue nationale pour la démocratie gagne les élections législatives, les partis d'opposition remportant plus de 95% des voix. Mais la junte militaire n'est pas décidée à se retirer, tout en affirmant que la démocratie pourra être instaurée quand le pays y sera prêt.

Les arrestations se succèdent, beaucoup meurent dans des conditions de détention dramatique.

Aung San Suu Kyi obtient le prix Nobel de la paix en 1991, mais il ne lui sera remis qu'en 2012 car elle ne peut sortir du pays. Elle parle régulièrement à ceux qui viennent l'écouter, quand la rue de l'université qui mène à la maison familiale est ouverte. Elle parle aussi bien santé que nourriture, littérature ou politique, incitant chacun à réfléchir avant d'agir et à éviter les idées extrémistes.

Elle souffre elle-même de nombreuses privations et de l'absence de soins, soulignant toutefois qu'elle bénéficie du luxe inoui d'être chez elle alors que beaucoup de ses compagnons sont détenus à la prison d'Insein, tristement connue.élèbre pour ses conditions de détention.

Chaque année, son assignation à résidence est reconduite. En 2007, alors que de nouvelles émeutes éclatent dans le pays, elle salue une délégation de moines protestataires et poursuit son combat, dénonçant le régime et ses abus.

En 2010, elle est libérée, mais ne peut s'éloigner de Rangoon.

Mais le régime en place semble accepter peu à peu le dialogue, peut-être parce que la Dame a appelé depuis des années à des sanctions économiques de la communauté internationale vis-à-vis d'un régime qui bafoue les droits de l'homme les plus élementaires.

De nouvelles élections législatives ont lieu en 2012. La Dame devient députée. Les investisseurs étrangers reviennent peu à peu.

Elle ne peut toutefois se présenter à la présidence de la République en 2015, car elle est mariée à un étranger.

Un long chemin vers la démocratie

Aung San Suu Kyi siège depuis 2012 au Parlement birman. Aujourd'hui, son parti y entre en force. Cette élection a été une immense vague d'espoir, mais le chemin à parcourir est tout aussi grand.

Respect des droits de l'homme, réconciliation nationale. Dans un pays où des années de dictature ont semé défiance et délation, où l'unité nationale a été maintenue de force, avec de nombreuses exactions envers les nombreuses minorités, l'accès à ces deux principes promet d'être un long chemin semé d'embûches.

Minorités en Birmanie

Minorités en Birmanie

Par ailleurs, les généraux sont toujours là (ils occupent d'ailleurs encore un quart des sièges au Parlement) et la perénité de la démocratie semble en elle-même fragile.

Pourra-t-elle endiguer la corruption? Faire profiter les birmans des matières premières abondantes dont dispose le pays? Eradiquer la pauvreté (le PIB par habitant yest de 1370 USD)? Contribuer à assurer la paix dans le pays? Et oeuvrer à son développement social et économique?

La Birmanie profite du dynamisme économique de ces voisins. Elle est membre depuis plusieurs années de l'ASEAN (marché commun de l'Asie du Sud Est).

Tout semble possible à ce jour, mais le chemin sera long pour la Dame de Rangoon, dont la santé a été bien perturbée par des années de rétention... Aura-t-elle la force de conviction de Nelson Mandela pour éviter le pire et engager son pays dans le voie des réformes?

Elle a engagé une politique de petits pas, de dialogue. Elle dispose désormais d'une majorité pour avancer, chaque victoire devant être négociée et confortée pour ne pas être remise en cause très vite.

Aung San Suu Kyi n'est ni une sainte, ni une déesse. Ce n'est qu'une femme qui a engagé toutes ses forces dans un combat qui semblait bien illégal, dont chaque pas s'appuie sur un mouvement plus large, une ligue capable de poursuivre ses efforts et de réaliser le rêve de cette femme à la volonté de fer derrière une silhouette frêle et gracile : faire de la Birmanie une démocratie

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Published by writings2 - dans Destins Asie
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commentaires

hugoline 15/06/2016 09:01

J'ai beaucoup d'admiration pour cette femme au destin de vie exceptionnel et j'avais acheté un livre écrit par Barbara Victor intitulé "la Dame de Rangoon que j'ai toujours dans ma bibliothèque.