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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 13:13

 

 La rue du chapitre à Epinal, avec ses maisons colorées à deux pas de la cathédrale Saint Maurice, offre quelques surprises.

 

 La vue des fortifications du lieu saint en est une, mais ce n'est pas la seule. P1010085.JPG

  Il convient de s'arrêter devant les portes (quasiment toutes) de la rue. Ce n'est pas leur esthétisme ou leur originalité qui retient l'attention, mais les plaques qui les surmontent.

 P1010068

 

 Sur chacune figure le nom d'une dame de la noblesse, ancienne chanoinesse, l'année de son entrée au chapitre et, sur toutes la même date de fin 1791.P1010069

  1791. La révolution est en route.

  Que s'est-il donc passé pour ces femmes qui avaient le double handicap (dans ces années terribles) d'appartenir à la fois à la noblesse et au clergé, dans des conditions bien particulières pour ce dernier ordre. En effet, si les Chapitres (dans les Vosges à Remiremont, Epinal et Coussey) sont rattachés au clergé séculier, il s'agit plutôt de lieux de séjour de jeunes filles (parfois dans l'attente d'un mariage) ou de femmes nobles. La noblesse est essentielle puisque toute chanoinesse doit pouvoir prouver huit quartiers de noblesse, mais ces femmes mènent une vie qui n'est pas nécessairement très monacale. Elles sont dispensées des voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance et n'ont comme contrainte vestimentaire que le port d'un voile et d'un grand manteau pour les offices religieux.

 A Epinal, à deux pas des portes, une fresque a été récemment peinte qui souligne la vie plutôt mondaine des chanoinesses, dont le nombre s'élève à 21 en 1789.P1010076.JPG

 

Bien que les Vosgiens aient été parmi les premiers à se mobiliser pour défendre la patrie en danger (ce qui explique notamment le nom donné à la place des Vosges à Paris), la Révolution n'est pas particulièrement violente et les Dames chanoinesses sont appréciées de la population (d'autant qu'elles contribuent au fonctionnement des hôpitaux, à la prise en charge des pauvres et plus largement à la vie économique des cités où elles vivent).

Lorsque l'Assemblée constituante déclare, en 1790, que les biens du clergé sont biens nationaux, dans les Vosges est instituée une dérogation en faveur des Chapitres, qui suscite bientôt une vive polémique. La discussion est close par un décret supprimant les églises collégiales, les chapitres réguliers et séculiers, les abbayes et les prieurés, décision que le Directoire départemental met peu d'empressement à respecter.

P1010073.JPG La décision départementale ferme le Chapitre d'Epinal en octobre 1790. Mais les Dames ne se plient pas à ce qui leur est demandé et continuent notamment à assister aux offices dans la tenue qui marquent leur appartenance au Chapitre.

Le 4 janvier 1791, les Dames sont chassées de l'église, dont les portes sont fermées. Elles poursuivent leurs réunions dans une chapelle, jusqu'à ce que cela leur soit impossible.

Le Chapitre est clos. Certaines Dames partiront, d'autres resteront, souvent dans leur maison. Celles qui restent sont assignées à résidence en 1793, aux heures les plus sombres de la Révolution. Mais nul mal ne leur est fait P1010075.JPG et elles s'éteignent naturellement, contrairement à ce que laissait présager cette date de fin, commune à toutes ces plaques commémoratives...

 

 

 

 

 

 

 

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commentaires

virjaja 04/08/2012 15:45

bel article très interessant, et tant mieux pour ces Dames, c'est vrai qu'en voyant cette date, on a un peu peur... gros bisous. cathy