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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 12:48
Hommage à un ami trop tôt envolé...

Dans une ville, bien loin de son Haïti natal, un jeune comédien, Pedro, s'est jeté du 12ème étage.

Tel est le point de départ de cette "Parabole du failli" de Lyonel Trouillot. Le titre de ce roman en résume le sens : à partir des faits quotidiens de ce jeune homme, de ses rêves, de ses désespoirs, de sa quête d'amour, des mots de ces compagnons se dessine peu à peu un portrait, celui d'un jeune homme qui aurait pu être, qui n'a pas pas eu le temps...

Comme dans les autres oeuvres de Lyonel Trouillot, on y trouve des personnages hauts en couleurs, excessifs, déraissonnables en apparence parce qu'ils portent aussi en eux une certaine sagesse, souvent meurtris et pourtant attachants, le tout dans un pays à la dérive, où professeurs et journalistes doivent se contenter de salaires de misère, où les organisations internationales jouent un rôle ambigû, proche d'une occupation...

Celui qui meurt vient d'une classe sociale plus aisée, comme le petit professeur dans Kannjawou, qui franchit le pas et part vivre dans des quartiers plus populaires, en compagnie de l'Estropié et du narrateur, en s'ouvrant aux gens qu'il y rencontre, notamment aux gamins de la rue auxquels il offre quelques mots, des tirades, un peu plus que leur quotidien. Pedro est lui aussi à bien des égards un enfant perdu, excessif, et assez peu attentif à l'histoire de ses compagnons de route.

La parabole du failli est toute entière dans le dernier hommage que lui rendent ceux qui l'ont aimé, drôle parfois, touchante toujours.

Un roman et un auteur à découvrir.

 

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 08:25
Affirmons intelligement ce que nous sommes

Ce livre de Raphael Glücksmann (Notre France, dire et aimer ce que nous sommes), paru en 2016, est une bouffée d'oxygène. Il nous plonge dans une histoire tumultueuse pour nous rappeller que notre identité s'inscrit dans des débats anciens, sans cesse renouvelés, marqués par des ruptures mais aussi un état d'esprit.

Le premier chapitre répond à quelques idées qualifiées de "tarfuffiennes", rappellant par exemple que le droit du sol, avant d'être institué par le Parlement de Paris en 1515, était évoqué deux siècles plus tôt par Louis X, qui appelait chacun, quelle que soit son origine, à être franc, c'est-à-dire à la fois membre d'un peuple et homme libre. Il souligne le caractère multiple de la géographie française, façonnant les manières d'être, sans être en mesure de justifier à elle seule une identité française. Il évoque Michel de L'Hospital qui, en 1560 déjà, préconisait une mise à distance de toutes les religions, souligne le lien de la langue, souple et capable de s'adapter selon les époques, et cette France qui oscille depuis toujours entre un pouvoir centralisé et la rébellion.

Raphaël Glücksmann nous propose alors une vision de la France, étayée de multiples références, une France cosmopolite, universaliste, révolutionnaire, européenne, existentialiste (consciente de sa finitude, mais néanmoins décidée à ne rien manquer de son temps), rabelaisienne, cartésienne, voltairienne. Cette vision comprend aussi notre esprit de polémique, chaque débat pouvant devenir identitaire, l'important étant notre (in)capacité à investir le champ du symbôle et à réinventer, dans un pays cosmopolite, un horizon collectif autre que le repli sur soi.

Une belle invitation à nous engager pour notre vision de la France et à construire un avenir, en prolongeant un débat identitaire sans fin.

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 21:41
Une vie sous le soleil de La Havane

Après l'Algérie, l'Afrique et le Proche Orient, Yasmina Khadra nous fait découvrir d'autres horizons. Destination : Cuba, son soleil et la rumba.

L'île de tous les paradoxes entre misère et corruption. Comme dans l'ensemble des romans de l'auteur, le délitement de la société n'est pas esquivé. Ce n'est toutefois qu'un élément de contexte, une toile de fond caractérisée aussi par la musique et la joie de vivre des habiitants.

Le personnage central est une sorte d'archétype des Cubains, du moins selon Yasmina Khadra. Et de fait, il est, par son optimisme, totalement différent des personnages habituels de l'auteur.

Juan, "Don fuego" pour reprendre son nom de scène, ne vit que pour la musique ou plus exactement la chanson. Quand la boîte où il se produit est rachetée et qu'il se retrouve à la porte, il redécouvre La Havane et Cuba, non seulement par le monde de la nuit, mais au quotidien.

C'est l'occasion pour le lecteur de découvrir des personnages souvent attachants, à l'exemple de Séréna, la soeur ainée de Juan, généreuse et dévouée, qui héberge une bonne partie de la famille, ou Panchito, un ancien roi de la trompette qui a renoncé à la gloire et dont la principale compagnie est la bouteille et son chien.

Une galerie de portraits hauts en couleurs, à commencer par Juan, sexagénaire qui découvre la passion amoureuse avant d'apprendre peu à peu une forme de sagesse.

Un roman lumineux, porté par le style de Yasmina Khadra.

Une vie sous le soleil de La Havane
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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 17:52
Ecouter nos défaites pour mieux accepter notre humanité

Les voix se mêlent, celles de vivants : Mariam, archéologue, Assem et Sullivan, anciens commandos, et celles des morts : le général Grant, Haïlé Sélassié, Hannibal.

Deux chefs de guerre audacieux mais assez peu soucieux des pertes à subir pour gagner les combats, un Empereur obligé de quitter son pays, des soldats las des missions qui leur ont été confiées, une femme enfin qui étudie le temps et s'interroge sur le sens de l'histoire...

Et pour toile de fond: Rome, Carthage, l'Europe, l'Ethiopie, les Etats-Unis, la Mésopotamie, la Méditerranée...

Un amalgame que le talent de Laurent Gaudé articule pour créer une continuité dans l'histoire des hommes, souligner que la victoire peut avoir un goût de défaite quand il y a eu trop de vies perdues pour elle, qu'il a fallu aller trop loin dans l'horreur et la destruction. Mais la défaite n'est pas l'échec, elle est seulement le moment où l'homme se plie à son destin, renonce à certaines convictions, sent parfois le souffle de l'histoire et sa propre finitude.

Ecoutez nos défaites n'est pas un roman, mais plutôt une interrogation, une recherche de sens dans un monde qui semble reculer devant la barbarie, devant tous les massacres qui ont marqué l'histoire et que l'on fait passer pour des victoires...

La défaite est notre finitude et personne n'y échappe. "Ecoutez nos défaites, nous n'étions que des hommes". Mais chacun choisit son chemin avant que le temps ne le plie, goûte l'amour, la douceur du vent chaud sur notre peau, en un mot vit.

Et contrairement à ce que laisse entendre le titre de ce livre, son contenu est une ode à la vie, quelques soient les chemins et les douleurs qui peuvent les traverser.

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23 septembre 2016 5 23 /09 /septembre /2016 10:46
Un peu de légèreté pour vivre

En ce début du XXIème siècle, la légèreté n'est plus insoutenable, mais devient une condition pour vivre après l'indicible.

Pour Catherine Meurisse, cet indicible est le massacre de Charlie, la perte d'amis, le poids du chagrin, celui de la surveillance policière et des réactions des gens, pas toujours très heureuses.

Plongée dans l'abîme, discussion avec les disparus qui semblent toujours là, les dessinateurs mais aussi Mustapha, le correcteur, grand amateur de Baudelaire, qui avait souhaité à Catherine, de "s'envoler loin des miasmes morbides, se purifier dans l'air supérieur et de boire, comme une pure et divine liqueur, le feu clair qui remplit les espaces limpides."

Ces mots, disparus pedant un temps, reviennent peu à peu, comme les couleurs, comme en témogne la présentation de l'album, qui passe des nuances de gris à des scènes qui se colorent peu à peu. Et Catherine rejoint l'océan, puis l'Italie pour rédécouvrir la beauté, celle qui permet de surmonter l'horreur.

"Nous avons l'art pour ne pas mourir de la vérité". Cette citation de Nietzsche, placée avant les premiers dessins, prend peu à peu tout son sens. Un retour à la légèreté, simplement pour continuer à avancer.

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 21:06
Rédemptions?

La peine de mort n'est pas abolie en Corée du Sud. Elle n'a toutefois pas été mise en oeuvre depuis 1998, le Président alors élu ayant été lui-même dans le couloir de la mort à une époque où cette peine concernait les délits politiques.

L'action du roman de Gong Ji-young intervient à la fin des années 1990 et l'élection du Président jadis condamné à la peine de mort y est mentionnée dans un futur proche ou un présent immédiat. C'est une lueur d'espoir qui ne trouvera pas de concrétisation.

Le coeur de l'histoire est en effet la peine de mort, ou plus exactement elle constitue la toile de fond d'une rencontre bien improbable, dans les murs de la prison, entre une jeune femme de bonne famille et un condamné.

La première se détruit peu à peu en raison d'un viol subi 15 ans plus tôt, dissimulé par sa propre mère pour éviter le scandale, à moins que cette dernière n'aie jamais pu en accepter la réalité.

Le second est accusé d'un triple meurtre.

Le lien initial entre ces deux personnes est une religieuse, également la tante de la jeune femme (Yujeong), qui accompagne les détenus et demande à sa nièce de l'accompagner pendant un mois au lieu de suivre un psychiatre après une enième tentative de suicide.

Les premières rencontres sont difficiles, mais peu à peu la parole s'installe et avec elle tous les possibles de l'évolution intérieure d'un individu, avec des moments d'une rare intensité. Chacun apprend un peu l'humanité dans ce qu'elle a de meilleur, avance avec l'autre sur son propre chemin de rédemption.

Le roman est construit entre le présent, raconté par la jeune femme, et les souvenirs du condamné consignés dans un cahier bleu qui ne sera remis à Yujeong qu'après son exécutionn. Cela lui donne à l'histoire une dimension supplémentaire, une vie sordide pouvant peut-être justifier les meurtres, à condition que le condamné soit effectivement coupable, ce que seule la fin du roman met en doute, l'essentiel étant la transformation des deux personnages principaux, la mort de l'un n'étant peut-être pas nécessaire pour sauver l'autre...

C'est une très belle histoire, en même temps qu'un vibrant hommage à la vie, et un plaidoyer en faveur de l'abolition de la peine de mort.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 20:39
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)

Emmanuel Lepage est auteur de BD. Son frère François est photographe. Ensemble, ils ont réalisé un ouvrage surprenant, entre BD et recueil photographique, sur un voyage extraordinaire : celui qu'ils ont réalisé en Antarctique.

A l'origine, ce devait être un reportage sur la vie à la base de Dumont d'Urville. Mais dans ces lieux si hostiles à l'homme, rien ne se passe comme prévu...

Voyage en Antarctique (La lune est blanche)

L'Antarctique : 12 000 km2 de terres glaciales pour lesquelles bien des hommes sont morts de froid ou d'épuisement. Aujourd'hui, quelques stations scientifiques , où les missions sont effectuées au gré des caprices de la météo, les liaisons avec les autres continents étant impossibles pendant de nombreux mois. 

Après une longue attente, les deux frères ont découvert ce continent, les relations humaines qui se tissent dans des conditions de survie très dures, où les masques tombent très vite et où chacun est mis à nu.

Plus que témoins, ils sont devenus acteurs d'une grande aventure en assurant, avec d'autres chauffeurs, le ravitaillement par convoi de la station scientifique de Concordia.

 

Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)

Cette expédition a été une aventure en soi, face aux éléments, face aussi aux doutes de chacun. L'Antarctique ne laisse personne indemne, si on lui survit... Atteindre le but, c'est aller au delà de soi, entr'apercevoir peut-être une présence divine, ou du moins prendre conscience de ce qu'est la pureté, l'immense solitude dans ce désert blanc qui se nimbe parfois de couleurs ou s'enfonce dans le brouillard...

Un voyage extraordinaire où les dessins et les photographies se complètent, finissant parfois par se confondre.

Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
Voyage en Antarctique (La lune est blanche)
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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 10:00

Amatrice de bandes dessinées, j'en apprécie des scénarios souvent originaux et un graphisme de qualité. Mais j'en sors toutefois rarement bouleversée. Or c'est ce qui m'est arrivée récemment avec deux histoires qui ont pour point commun d'avoir été scénarisées et dessinées par des femmes, qui toutes deux osent parler de sujets tabous et partagent la même justesse de ton.

La première est Le bleu est une couleur chaude. Ecrite par Julie Maroh, publiée aux éditions Glénat en 2010, elle a inspirée Abdellatif Kechiche pour son film La vie d'Adèle. A défaut d'avoir vu ce dernier, je ne ferai aucune comparaison. J'ai simplement aimé la bande dessinée qui évoque une histoire d'amour entre une lycéenne, Clémentine, et une fille aux cheveux bleus, un peu plus âgée, étudiante aux Beaux Arts. Les préjugés face à l'homosexualité y sont présents, Clémentine étant rejetée par nombre de ses amis avant d'être mise à la porte par ses parents. C'est une jeune femme qui aime, qui souffre. L'histoire bouleverse par la fragilité de ses protagonistes, par leur force aussi quand elles sont ensemble.

La seconde est Mauvais genre de Chloé Cruchaudet, publié aux éditions Delcourt en 2013. Elle nous raconte Paul et Louise, deux êtres unis pour le meilleur et pour le pire. A peine mariés, la guerre de 1914 les sépare. Paul déserte, Louise le protège. Bientôt, Paul, qui ne supporte plus d'être enfermé et qui risque la mort en tant que déserteur, commence à s'habiller en femme et peu à peu, devient un habitué du bois de Boulogne. Il entraîne Louise dans sa lente descente aux enfers et quand elle finit par le tuer, il est difficile de savoir si elle agit encore par amour, pour le délivrer des fantômes qui le hante, ou pour se libérer d'une présence devenue tyrannique. L'histoire est bien menée et nous plonge dans un univers complexe et troublant, avec en arrière plan constant la souffrance, voire la folie de Paul. Une BD qui dérange...

Ces BD qui nous bouleversent
Ces BD qui nous bouleversent
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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 14:49

Lorsqu'un desinateur de BD, en l'occurence Juanjo Guarnido, s'inspire de Bogard, en lui donnant également une grâce féline, le résultat est des plus surprenants :

blacksad0002.jpg

 

Je vous présente John Blacksad.

Ce détective privé évolue dans l'Amérique des années 1950. Il a pour spécialité de se mettre dans des situations impossibles, mais comme tout bon chat, il finit toujours par retomber sur ses pattes. 

Dans ses histoires, écrites par Juan Diaz Canales, tous les protagonistes ont des têtes d'animaux et bien souvent les comportements associés. Ainsi, la fouine est reporter. Dans le premier tome, l'ignoble homme d'affaires véreux est un crapaud... 

C'est surprenant, sans doute même dérangeant à l'origine, mais la qualité des scénarii et des dessins, la crédibilité de l'ambiance, nous font vite tomber sous le charme de cette série, qui compte actuellement cinq volumes.

Les deux auteurs travaillent dans le monde de l'animation et cela se ressent dans le mouvement donné aux personnages et à l'action. Et si Blacksad et sa soeur partagent une certaine grâce féline, le neveu est pluôt dans le caractère joueur et un rien pataud des chatons.

Une belle réussite à découvrir.

 

 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 20:24

5712820447_90344413e4.jpg Layli a six ans. C'est une petite fille insouciante qui vit à Kaboul, dans un pays occupé par les soviétiques. Si ses parents sont résolument anti-russes, l'occupation est une préoccupation qui ne la touche que de très loin. Ils sont beaux ces jeunes soldats et le père de Milad est avec eux.

Milad est un garçon de son âge. Ils sont inséparables, surtout depuis qu'il a protégé Layli d'un éclat de bombe et porte une cicatrice, qu'ils partagent un peu tous les deux.

Mais un jour, Layli doit suivre sa mère et sa soeur en France, avant même que le père se décide à les rejoindre. Elle y est l'étrangère, celle qui ne parle que le persan, qui mettra du temps à devenir une adolescente française.

 

 

Les années passent. Ses déceptions amoureuses refont surgir l'image de Milad, cet ami qui avait le talent pour devenir un grand pianiste. Layli décide de repartir en Afghanistan, d'affronter ce pays qu'elle ne reconnait plus, pour retrouver son Milad.

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Une superbe histoire, cruelle mais aussi d'une grande fraîcheur, racontée par Chabname Zariab dans son roman Le pianiste afghan. Impossible de rester insensible face à cette petite fille qui grandit et voit peu à peu se dessiner un monde brutal, bien loin de ses rêves d'enfant.

 

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