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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 18:07
Traque d'un nazi...

Dans la disparition de Josef Mengele, paru en 2017, Olivier Guez part à la recherche du tristement célèbre médecin d'Auschwitz, disparu après guerre en Amérique Latine.

Josef Mengele est mort au Brésil en 1979, peut-être hanté par ses victimes, mais bien loin de la justice.

L'enquête est bien documentée, complétée sans doute par moments par la fiction, et on se surprend à regretter que personne n'ait eu la même constance plus tôt, tant que la justice était encore possible.

Le ton est sans complaisance pour Josef Mengele, mais de façon plus large, pour l'ensemble des protagonistes, ceux qui le côtoient, ceux qui le protègent, mais également pour ceux qui le traquent ou annoncent le faire.

Le personnage central est dérangeant, pétri d'idées de pureté de la race, de concepts malheureusement assez courants au début du XXème siècle. Le régime nazi a permis à Mengele de tester les pires hypothèses, de torturer soi-disant au nom de la science, de commettre toutes les monstruosités, comme l'ont fait une vingtaine d'autres médecins qui  ont sévit dans ce camp et dont tout le monde a oublié les noms, Mengele devenant l'archétype du médecin maléfique.

Une vingtaine de médecins peu inquiétés ou appelés tardivement à rendre compte de l'horreur commise... Mengele s'en souvient, mais tout au long de sa vie, il apparaît que si c'était à refaire, il recommencerait ses expériences sur tout cobaye humain qui lui serait amené...

Le personnage, narcissique et franchement insupportable, vit royalement en Argentine avant de devoir fuir suite à la capture et au procès d'Eichmann. Il part alors se cacher au Paraguay puis au Brésil. Les conditions ont toutefois changé et le "pacha" n'est plus qu'un "rat" (les termes sont les noms des deux parties du roman), qui se terre de peur d'être attrapé et jugé, mais sans toutefois l'ombre d'un remords. Mais le monde n'est plus l'ordre nazi et il comprend qu'il n'y a plus sa place... Du moins après l'épisode argentin, où les Peron, désireux de donner à leur pays une grandeur nouvelle, accueillent à bras ouverts les anciens nazis. certains, dont Mengele, y vivent d'ailleurs sous leur véritable identité.

Olivier Guez décrit avec beaucoup de lucidité l'Argentine péroniste, mais également une Allemagne dont les principaux cadres sont d'anciens nazis reconvertis et qui, à de rares exceptions (le juge Bauer notamment), ne font pas preuve d'une grande détermination à poursuivre les criminels de guerre. Seules les victimes réclament leur arrestation et leur condamnation, avec l'intervention du Mossad dans l'immédiat après-guerre, lui-même rappelé très vite à des préoccupations plus urgentes dans un Etat juif menacé par ses voisins.

L'indifférence, la cupidité de personnes et de gouvernements qui ont largement profité de l'argent du groupe Mengele, qui prospère tranquillement dans l'Allemagne de l'après-guerre, tout a concouru à ce que l'encombrant Mengele puisse s'éteindre naturellement. Olivier Guez lui prête des cauchemars. Était-ce seulement le cas?

Au résultat, voici une enquête qui dérange, qui nous interpelle d'autant plus qu'elle est l'écho d'autres histoires, plus récentes qui nous rappelle que l'humanité n'a pas d'âme et que la justice est un idéal que revendiquent les seuls victimes, qui n'en obtiennent jamais que des bribes... Un constat bien déprimant...

 

 

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