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6 août 2021 5 06 /08 /août /2021 11:21
Séquoias ou la ruée vers l'or

Journaliste, lauréat du prix Albert Londres, Michel MOUTOT s'est lancé il y a 5 ans dans la rédaction de romans. Il en compte actuellement trois à son actif, dont Séquoias, le deuxième, publié en 2018.

L'histoire commence en plein milieu d'une chasse à la baleine, où apparaît Mercator Fleming, le mousse, qui sera ensuite au cœur d'un récit animé, qui mène le lecteur de Nantucket, l'île des baleiniers, dans le Massachussetts, à une centaine de kilomètres de Boston, jusqu'à la Californie, en passant par le cap Horn, avec une petite incursion vers le détroit de Béring.

Mercator, Michael et Nicholas sont les trois enfants du capitaine Fleming, baleinier de Nantucket qui aimerait les voir prendre sa succession. Mais à la mort de ce dernier, dans un incendie qui ravage l'entrepôt familial, Mercator est contraint d'abandonner la chasse à la baleine pour rembourser ses créanciers. Il transporte des marchandises d'un port à l'autre jusqu'au jour où il entend le Président de l'Union annoncer la présence d'or dans un territoire qui n'est pas encore tout à fait américain : la Californie.

Cette nouvelle fait affluer des milliers d'aventuriers de tous pays vers la nouvelle Terre promise. Les frères Fleming en font partie, par la voie maritime bien sûr, avec à bord de leur baleinier marins et passagers, dont les péripéties seront suivies tout au long du roman. L'histoire est d'ailleurs racontée à plusieurs voix.

 

Elle retrace une ruée vers l'or fascinante en ce milieu du XIXème siècle, une période qui n'est pas totalement inédite dans l'histoire. Des chercheurs d'or se précipitent encore aujourd'hui à Nome en Alaska.

 

Et alors que le cachalot est le roi des mers (du moins pour un baleinier), le séquoia l'est pour la forêt. Un roi dont l'exploitation fait la fortune de Mercator.

Je vous laisse découvrir la suite car si certains passages ou certaines parties ne semblent pas toujours utiles, il faut reconnaître le beau souffle de ce roman.

Séquoias ou la ruée vers l'or
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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 13:19
Paris : des milliers de fantômes et l'éternité

Paris : une ville où les siècles s'empilent et avec eux, les ombres qui les ont peuplé, certaines célèbres, d'autres anonymes, 

Interpellé par un personnage étrange qui lui demande qui il est, le narrateur part sur ses traces et déambule dans Paris, chaque lieu lui évoquant le souvenir de personnes y ayant vécu ou y étant mort. Tout commence avec son père, mort en tombant d'une échelle alors qu'il essayait de réparer un volet. Puis ses pas l'emportent plus loin dans l'histoire, aux heures des combats pour la libération de Paris, sur les traces des jeunes hommes morts en rêvant de liberté. Les siècles se brouillent et d'autres personnages apparaissent : François Villon, Victor Hugo qui enterre son enfant quelques semaines avant la Commune, les communards, puis Rimbaud.

Cette déambulation donne le vertige, les siècles se confondent et les ombres ne cessent d'appeler. Le narrateur comprend alors que ces échos de Paris font partie intégrante de ce qu'il est, mais il ne veut pas, pas encore, rester avec les ombres et choisit la vie, l'amour, l'intensité de ces instants fugaces. 

1000 vies raconte les morts, le passé dans lequel chacun s'enracine, avec ses propres souvenirs et les ombres qui lui sont chères. Mais c'est aussi et surtout une formidable ode à la vie, à toutes les libertés pour lesquels tant d'hommes et de femmes se sont battus, mais aussi bien plus car "C'est à cause que tout doit finir que tout est si beau".

 

 

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16 mars 2021 2 16 /03 /mars /2021 14:52
Bien plus que l'histoire d'une métamorphose

Selon les éditions, pour ne parler que de la collection poche de folio, la couverture représente soit des macarons, soit cette tortue à la carapace de guimauve : une invitation à la gourmandise, au moelleux, à la douceur?

C'est sans doute oublier trop vite une certaine lourdeur attachée à cet animal quand il se déplace, et la fonction protectrice de la carapace, dans laquelle elle se réfugie quand elle se sent menacée.

Clothilde, le personnage principal du roman, répond à toutes ces évocations.

Enfant disgracieuse, elle a toujours senti dans le regard de sa mère un certain dégoût, qui a renforcé le sentiment qu'elle a d'elle-même, une fille puis une femme trop grosse, moquée cruellement par son entourage, qui dans un sursaut quitte sa famille pour Paris, puis après une agression qui constitue un électrochoc, retourne vivre à Bordeaux, dans l'immeuble de sa tante.

Et ce retour est aussi synonyme de retour à la vie, grâce aux habitants de l'immeuble, naturellement, à l'exemple de Claudie, bientôt sa meilleure amie, ou du petit Léo, ou mandés par la tante, come Sarah et Sophie, qui s'improvisent professeures de sport.

Mais peut-être est-ce plutôt Clothilde qui redonne, avec naturel et toute cette force et cette douceur qu'elle porte en elle, un peu de soleil à des destins souvent plus complexes et tristes que ne le laissent entrevoir les apparences. Les personnages sont attachants avec leurs faiblesses et leurs doutes et le lecteur suit avec plaisir le parcours de Clothilde, son nouveau travail au musée où elle anime des ateliers créatifs pour les enfants, ses longues promenades en bicyclette, et une fin surprenante, mais où il est possible de lire encore la générosité du personnage central, et son talent pour faire en sorte que les autres soient un peu plus heureux.

Une belle découverte.

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24 février 2021 3 24 /02 /février /2021 22:52
L'Europe est une épopée

"C'est cela que nous voulons :

Que l'ardeur revienne.

Que l'Europe s'anime,

Change, 

Et soit,

A nouveau, 

Pour le monde entier,

Le visage lumineux

De l'audace,

De l'esprit,

Et de la liberté"

Ce sont les derniers mots de "Nous l'Europe", un chant d'amour pour un continent à réinventer, pour des terres qui ont connu toutes les folies des peuples, folies auxquelles la raison a voulu mettre fin en construisant l'Europe. Mais cette réalisation a été peut-être trop loin des peuples, trop loin de l'épopée qu'est l'histoire de ce continent, dont Laurent Gaudé nous livre une histoire exaltée qui commence au XIXème, et se poursuit aujourd'hui où il appartient à chacun de donner un peu de chair et d'âme pour éviter de retomber dans les erreurs du passé, de sombrer dans les divisions, de ne penser le monde qu'en terme de domination.

Ce plaidoyer pour un renouveau de l'Europe est né des sursauts du populisme en Europe, du Brexit...

Il peine un peu au démarrage mais est vite emporté par le souffle épique de l'auteur, qui s'efforce de parler pour toutes les Europes, même s'il reconnaît n'avoir réussi qu'à être une voix française, qui n'aspire qu'à être accompagnée par d'autres voix, d'autres langues.

Une belle réflexion sur l'Europe et son avenir, qui sera celui que nous saurons lui écrire, et un très beau texte.

 

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18 janvier 2021 1 18 /01 /janvier /2021 23:09
Improbable enquête en Guinée

Il m'a fallu beaucoup de temps pour ouvrir ce roman de Jean-Christophe Rufin, le quatrième de couverture et le portrait de l'anti-héros qu'il esquissait semblant bien loin des flamboyants l'Abyssin ou le Grand Cœur, de l'énergie et de la luxuriance de la salamandre ou de Rouge Brésil, plus proche sans doute de l'amertume de la réflexion sur l'humanitaire de Check-point , avec toutefois ici une incursion dans un nouveau genre littéraire : l'enquête policière.

Et sans doute plus que l'intrigue, c'est le personnage central qui donne toute sa saveur au suspendu de Conakry. Aurel est consul à Conakry, en Guinée. Originaire de Roumanie, il a un accent épouvantable, s'habille de façon improbable (pantalon en velours, imperméable et j'en passe sous le soleil de plomb de Conakry). Il n'est pas beau, a connu un parcours assez peu glorieux entre le pays de Ceaucescu et ses premiers pas en France, où il a travaillé comme pianiste dans des endroits peu recommandables, avant d'épouser la fille d'un diplomate et d'accéder au corps consulaire, toutefois pas dans les lieux les plus paradisiaques. Il boit beaucoup, déteste la chaleur mais travaille en Afrique, dans une ambiance néocoloniale cultivée par quelques vieux Français restés sur place, encore que travailler soit un bien grand mot car Aurel est placardisé (et cela sans jeu de mot), sans ordinateur ni téléphone...

L'absence du Consul général lui donne l'opportunité d'enquêter sur la mort d'un plaisancier, retrouvé pendu au mât de son voilier. La sœur de la victime vient à Conakry, et c'est ensemble ou plutôt, c'est stimulé par cette présence, alors qu'il est très mal à l'aise avec les femmes, qu'Aurel reconstitue les derniers jours d'un homme qui  voulait ressembler à son frère aîné, mort à la guerre en héros, et les circonstances de sa mort.

Un livre agréable à découvrir, avec un peu d'humour et un personnage peu commun que ses failles rendent plutôt sympathique. De quoi donner envie de découvrir la suite des énigmes d'Aurel le Consul.

 

 

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1 novembre 2020 7 01 /11 /novembre /2020 13:24
Un cimetière, lieu de renaissance?

Elle s'appelle Violette Toussant et elle est la gardienne du cimetière d'un petit village de la Nièvre. Elle accueille les familles endeuillées, consigne les hommages rendus aux défunts, entretient les tombes. Son univers est limité à la présence de ses voisins bien silencieux, celle des agents du service funéraire et du père Cédric, les chats qu'elle recueille et le merveilleux jardin dont elle s'occupe.

Une vie tranquille jusqu'à l'arrivée de Julien, un homme dont la mère, Irène, a demandé à reposer aux côtés de son ancien amant, Gabriel,   dont il ignorait l'existence.

Peu à peu, les destins se révèlent, celui d'Irène et de Gabriel, mais aussi celui de Violette. Elle était une fille sans repère , mais se découvre à la naissance de son enfant, Léonine, qui devient le centre de son existence. Et quand le centre de l'univers disparaît, tout s'effondre.

Enfin, pas tout à fait, ou du moins pas de façon irrémédiable, grâce à Sasha notamment, l'ancien gardien du cimetière qui lui apprend à jardiner, à Célia, l'amie de toujours, à cette volonté de transmettre aux vivants les derniers mots prononcés pour leur(s) mort(s), ceux qu'elle n'a pas entendu pour sa fille car elle n'était pas en état de supporter la nouvelle déchirure que constitue tout enterrement.

Elle vit près de la sépulture de sa fille, persuadée que c'est à cause d'elle, de ce qu'elle est ou plutôt qu'elle n'est pas, que son mari, Philippe, est parti.

Valérie Perrin nous offre quelques portraits magistraux, notamment celui de Philippe, un  beau "salaud" finalement plus complexe que ce qu'il semblait être, plus respectueux de Violette, de ses qualités et de son immense chagrin que ce qu'il pouvait laisser croire. Il y a aussi sa mère, qui veut toujours se mêler de tout, écrase tout le monde et est totalement insupportable.

Violette est une lumière dans le magma visqueux auquel ressemblerait sa vie s'il n'y avait Léonine, son enfant. Et après bien des douleurs, le cimetière où elle s'est réfugiée pourrait bien être le lieu de sa résurrection.

Une très belle histoire, sensible et bien menée.

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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 12:09
Peindre la vie ou l'illusion de la vie.

Dans Réparer les vivants, Maylis de Kerangal nous livrait un style tranchant comme un scalpel, précis, froid pour laisser un peu de distance avec un sujet difficile : la transplantation d'organes et son corollaire : la mort d'un individu en bonne santé, ici un jeune homme.

L'univers d'un monde à portée de la main est totalement différent. La vie en déborde, même si quelques pages évoquent l'attentat de Charlie Hebdo, qui sont centrées sur l'immense émotion suscitée. Mais ce n'est pas le thème central, loin de là.

L'histoire est celle d'une jeune femme, Paula. Elle a choisit de suivre la formation d'un célèbre institut de décoration à Bruxelles (qui existe réellement) pour y apprendre à y représenter le bois, le marbre et tout autre matériau noble ou moins noble mais présent dans tout ce qui habille maisons, studios de cinéma et autres lieux.

C'est une période exigeante car il ne s'agit pas simplement de reproduire, mais de sentir la matière, de se l'approprier. Le rythme est soutenu, épuisant mais la description de cette période d'intense créativité est l'occasion de  beaux passages, à l'exemple de cette représentation d'écaille de tortue, sujet de l'oeuvre réalisée pour son diplôme par Paula et que ses parents découvrent : " placés pour la première fois devant la part inconnue de leur fille, sidérés de ce qu'elle a produit, cette image radiante impossible à décrire, cette surface qui tient du galet de rivière, de la plante sous-marine et du reptile, et l'idée d'aller poser la main pour sentir la carapace les traverse ensemble"...

Cette période de formation est partagée avec d'autres peintres et des relations particulières se créent, avec Jonas, avec Kate.

Et puis, une fois ce stade de transformation achevé, la vie se poursuit, avec des petits chantiers, puis la réalisation de décors de cinéma à Cinecitta, à Moscou, pour parvenir enfin à la reconstitution de la grotte de Lascaux, un rendez-vous avec des artistes de la préhistoire, un moment très fort encore dans une vie à la fois précaire et incertaine, mais aussi tellement riche et intense.

Un beau portrait dressé à petites touches, avec 1001 nuances de couleurs, de matières et juste la distance adéquate pour s'imprégner de cette vie, la percevoir dans toute sa force et sa subtilité, tout en restant spectateur.

 

 

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 21:53
Les couleurs ont une histoire

... que racontent avec brio Michel Pastoreau et Dominique Simonnet.

"Une couleur, c'est un ensemble de symboles et de conventions". Chacune des six couleurs de base (le blanc, le rouge, le bleu, le vert, le jaune et le noir) a son caractère propre, sa signification, son ambivalence.

Ainsi le rouge, qui symbolise la vie mais aussi le sang et la mort, la mariée (on se mariait en rouge avant le XVIIIème siècle, car c'était la couleur des habits les plus riches et les plus beaux) et la putain (le rouge est aussi le danger, l'interdit et il convient de savoir d'emblée ce qu'est la personne qui porte cette couleur), le divin (la couleur de la robe des cardinaux) et l'enfer.

Le blanc est la lumière, la virginité, l'innocence, mais aussi la vieillesse et la mort (blanc est le linceuil). Vert est le hasard, jaune l'infâmie...

Autant de significations issues parfois du caractère instable de certaines couleurs, le plus souvent de constructions sociales qui ont pu évoluer avec les siècles.

"Le petit livre des couleurs" est un bouquet de bonheurs condensé sur 120 pages, riches d'histoires qui nous font voir autrement nos habitudes et les couleurs qui nous entourent, certaines de nos expressions également (pourquoi rions-nous jaune ou sommes-nous verts de peur?). On peut hésiter à entrer dans cette aventure mais une fois le livre ouvert, on se laisse volontiers emporter. Alors venez faire vous-même le mélange des couleurs...

 

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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 16:59
L'impératrice de Chine

Ce livre se situe entre le roman et l'essai historique.

Son auteur est né en Chine en 1895, mais il a passé l'essentiel de sa vie à l'étranger, puisque, après des études aux Etats-Unis et en Allemagne, l'invasion japonaise et son soutien à Tchang Kaï-chek l'ont contraint à l'exil. Il a contribué à mieux faire connaître la culture traditionnelle chinoise, dont les préceptes de Confucius.

 

Dans l'Impératrice de Chine, il dresse le portrait de Wou Tso t'ien, une femme peu commune, qui a vécut entre 624 et 705 et s'est proclamée Empereur de Chine. Ce personnage continue à marquer les esprits et a inspiré des romans, des films ou séries (dont Empress de C. Newmann), des jeux (Civilizations V).

 

Wou Tso t'ien entre au palais impérial à l'âge de 14 ans, pour devenir une concubine secondaire de T'ai-tsong, second Empereur de la dynastie des T'ang. 

A la mort de T'ai-tsong, en 649, elle aurait dû disparaître de la Cour et vivre en recluse.   Mais contrairement aux mœurs de l'époque, elle parvient à y revenir en qualité de concubine du nouvel Empereur Gaozong. L'impératrice qui y voit un moyen de contrer la favorite, favorise ce retour, mais c'est mal connaître l'ambition qui ronge la nouvelle concubine, qui n'hésite pas à éliminer ses deux principales rivales et à accéder au statut de première Epouse. 

Wou est une femme intelligente, et peu à peu, elle prend les rênes du pouvoir au nom d'un Empereur maladif et effacé. Elle l'isole, élimine les concubines, les conseillers trop indépendants à son goût, et peu à peu les prétendants possibles à la succession.

Rien n'est trop beau pour cette Impératrice qui fait construire des palais, impose une nouvelle magnificience dans les cérémonies, sans considération pour l'état économique, social et financier de l'Empire, et se créé une légende.

Ce dernier trait se développe tout particulièrement après la mort de l'Empereur, Wou se présentant comme une réincarnation de Bouddha et commençant à instaurer pas à pas sa dynastie.

Le régime est implacable, le gouvernement confié à quelques favoris ou autres brutes qui mettent en place une politique de la terreur, dont sait habilement jouer celle qui entend régner sans partage, en maintenant en vie un héritier du trône, qu'elle utilise au besoin pour légitimer certaines actions ou inventer des complots et punir les coupables.

Cette femme est un tyran ordinaire mais le fait qu'elle soit une femme, le pouvoir qu'elle confie à ses amants et sa volonté de détruire la dynastie des T'ang, sont autant de griefs qui contribuent à l'action de quelques dignitaires intègres (car il en reste encore dans la Chine de ce début du VIIIème siècle) , attachés à l'ordre et à la tradition, qui finissent par déposer l'Impératrice et restaurer dans leurs fonctions les rares survivants de la dynastie des T'ang et leurs sympatisants.

 

Ce livre se présente comme un témoignage, celui du petit-fils de l'Impératrice, qui oscille entre admiration et répulsion vis-à-vis de cette aïeule , avec de multiples nuances en réponse aux diverses facettes de ce personnage peu commun. 

 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 18:07
Traque d'un nazi...

Dans la disparition de Josef Mengele, paru en 2017, Olivier Guez part à la recherche du tristement célèbre médecin d'Auschwitz, disparu après guerre en Amérique Latine.

Josef Mengele est mort au Brésil en 1979, peut-être hanté par ses victimes, mais bien loin de la justice.

L'enquête est bien documentée, complétée sans doute par moments par la fiction, et on se surprend à regretter que personne n'ait eu la même constance plus tôt, tant que la justice était encore possible.

Le ton est sans complaisance pour Josef Mengele, mais de façon plus large, pour l'ensemble des protagonistes, ceux qui le côtoient, ceux qui le protègent, mais également pour ceux qui le traquent ou annoncent le faire.

Le personnage central est dérangeant, pétri d'idées de pureté de la race, de concepts malheureusement assez courants au début du XXème siècle. Le régime nazi a permis à Mengele de tester les pires hypothèses, de torturer soi-disant au nom de la science, de commettre toutes les monstruosités, comme l'ont fait une vingtaine d'autres médecins qui  ont sévit dans ce camp et dont tout le monde a oublié les noms, Mengele devenant l'archétype du médecin maléfique.

Une vingtaine de médecins peu inquiétés ou appelés tardivement à rendre compte de l'horreur commise... Mengele s'en souvient, mais tout au long de sa vie, il apparaît que si c'était à refaire, il recommencerait ses expériences sur tout cobaye humain qui lui serait amené...

Le personnage, narcissique et franchement insupportable, vit royalement en Argentine avant de devoir fuir suite à la capture et au procès d'Eichmann. Il part alors se cacher au Paraguay puis au Brésil. Les conditions ont toutefois changé et le "pacha" n'est plus qu'un "rat" (les termes sont les noms des deux parties du roman), qui se terre de peur d'être attrapé et jugé, mais sans toutefois l'ombre d'un remords. Mais le monde n'est plus l'ordre nazi et il comprend qu'il n'y a plus sa place... Du moins après l'épisode argentin, où les Peron, désireux de donner à leur pays une grandeur nouvelle, accueillent à bras ouverts les anciens nazis. certains, dont Mengele, y vivent d'ailleurs sous leur véritable identité.

Olivier Guez décrit avec beaucoup de lucidité l'Argentine péroniste, mais également une Allemagne dont les principaux cadres sont d'anciens nazis reconvertis et qui, à de rares exceptions (le juge Bauer notamment), ne font pas preuve d'une grande détermination à poursuivre les criminels de guerre. Seules les victimes réclament leur arrestation et leur condamnation, avec l'intervention du Mossad dans l'immédiat après-guerre, lui-même rappelé très vite à des préoccupations plus urgentes dans un Etat juif menacé par ses voisins.

L'indifférence, la cupidité de personnes et de gouvernements qui ont largement profité de l'argent du groupe Mengele, qui prospère tranquillement dans l'Allemagne de l'après-guerre, tout a concouru à ce que l'encombrant Mengele puisse s'éteindre naturellement. Olivier Guez lui prête des cauchemars. Était-ce seulement le cas?

Au résultat, voici une enquête qui dérange, qui nous interpelle d'autant plus qu'elle est l'écho d'autres histoires, plus récentes qui nous rappelle que l'humanité n'a pas d'âme et que la justice est un idéal que revendiquent les seuls victimes, qui n'en obtiennent jamais que des bribes... Un constat bien déprimant...

 

 

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