Comme pour beaucoup d'entre vous, cette journée du 7 janvier 2015 a été un choc. J'ai découvert avec stupeur qu'il était possible en France, en ce début du XXIème siècle, d'être assassiné(s) pour avoir réalisé et publié des caricatures.
Jusqu'alors, la liberté d'expression, et celle de la presse qui en est le prolongement, me semblaient une évidence, tout en sachant qu'il s'agissait aussi d'un privilège dans le monde. L'évidence a été pulvérisée et la fragilité de ces droits mise en évidence.
Les obtenir a demandé des siècles. Mais le combat n'est pas terminé...
J'aimerais revenir un instant sur l'histoire de la presse, sur celle de la caricature également, pour mesurer le chemin parcouru et celui qui reste à faire, ici ou ailleurs...
Une petite histoire de la presse et de la liberté d'expression
L'histoire de la presse est à l'origine celle de la presse écrite, avant que les technologies modifient les modes d'expression et élargisse la notion de presse aux médias. Elle se lit par référence à l'évolution des sociétés, qui l'inspire, la justifie, la transforme, et sur laquelle elle influe également.
Sa naissance est liée à celle de l'imprimerie, qui lui offre une capacité de diffusion sans commune mesure avec les productions manuscrites. A côté des occasionnels, des libelles et autres feuilles imprimées apparaissent peu à peu des publications périodiques. Le premier journal français est la gazette de Théophraste Renaudot, qui voit le jour en 1631. Pendant la première moitié du XVIIème siècle les journaux sont créés un peu partout en Europe.
La presse est alors contrôlée par le pouvoir royal. Magré la censure, les publications se multiplient peu à peu, s'étendent à tous les champs de la vie sociale et culturelle et défendent leur liberté. Les philosphes des Lumières, dont Voltaire, affirment l'universalité de la liberté d'expression.
La liberté de la presse est inscrite dans la loi dès 1766 en Suède, 1776 dans l'Etat de Virginie. En France, la Révolution est une étape décisive, que la Terreur remet très vite en question. Nombreux sont les journalistes guillotinés, comme Hébert ou Desmoulins
Car la presse, qui a permis de diffuser les idées des Lumières, est aussi un formidable outil de contestation. C'est ce qui effraie encore les tyrans ou les extrémites de tous bords.
Souvent considérée comme une menace pour le pouvoir en place, la liberté de la presse sera, au gré des soubresauts politiques de la France, sera plus ou moins restreinte. La IIIème République lui offre enfin une stabilité avec la loi du 29 juillet 1881, le sujet le plus discuté étant la définiion des délits de presse.
Le début du XXème siècle, en particulier pendant les deux guerres mondiales, met une partie de la presse au service de la propagande, le reste étant contrôlé ou interdit. La renaisance a lieu à partie de 1945, avec de profonds transformations liées à la technologie (radio puis télévision).
Après-guerre, les journaux se sont multipliés. La concurrence d'autres médias a fait évolué le journalisme. Depuis quelques années la diffuson plus large de l'information qu'offre internet etla concentration des groupes de médias, ont aussi considérablement changé la donne et constituent des défis importants.
Les médias et la presse restent reglementés, la restriction de leur liberté étant limitée à quelques délits clairement définis tels que l'injure, la diffamation, les troubles de l'ordre public (incitation à la haine, au racisme...)
La liberté de la presse demeure toutefois un droit fondamental, privilège que partagent les citoyens et les journalistes d'Europe, d'Amérique du Nord, d'Australie essentiellement. Ailleurs,il est plus dangereux de s'exprimer sans risquer sa vie...
Caricature et presse
Les caricaturistes connaissent une situation équivalente à celle de leurs collègues journalistes.
La caricature est un mode d'expression, une interprétation de la réalité, la déformation de traits pour en souligner une caractéristique marquante, souvent un travers. Elle doit susciter le rire ou du moins faire réagir. Elle est donc par définition excessive, ceci d'autant plus qu'elle reflète la pensée de son créateur mais aussi qu'elle est comprise à travers les filtres sociaux ou culturels de ceux qui la reçoivent.
C'est une des raisons de l'accueil hostile des caricatures de Mahomet, la représentation du divin étant interdite par l'Islam, ce qui résulte peut-être davantage de la difficulté à donner une image de cette notion de divin que cela ne relève du blasphème à proprement parler. Mais les interprétations peuvent être très restrictives... Pour ma part, je n'ai vu dans la première page de Charlie Hebdo du 14 janvier, qui suscite des émeutes dans certains pays, qu'un clin d'œil amical à la communauté musulmane qui a soutenu la marche en mémoire des personnes assassinées, et un pied de nez aux terroristes, le "tout est pardonné" répondant à leur message de haine.