Ce livre se situe entre le roman et l'essai historique.
Son auteur est né en Chine en 1895, mais il a passé l'essentiel de sa vie à l'étranger, puisque, après des études aux Etats-Unis et en Allemagne, l'invasion japonaise et son soutien à Tchang Kaï-chek l'ont contraint à l'exil. Il a contribué à mieux faire connaître la culture traditionnelle chinoise, dont les préceptes de Confucius.
Dans l'Impératrice de Chine, il dresse le portrait de Wou Tso t'ien, une femme peu commune, qui a vécut entre 624 et 705 et s'est proclamée Empereur de Chine. Ce personnage continue à marquer les esprits et a inspiré des romans, des films ou séries (dont Empress de C. Newmann), des jeux (Civilizations V).
Wou Tso t'ien entre au palais impérial à l'âge de 14 ans, pour devenir une concubine secondaire de T'ai-tsong, second Empereur de la dynastie des T'ang.
A la mort de T'ai-tsong, en 649, elle aurait dû disparaître de la Cour et vivre en recluse. Mais contrairement aux mœurs de l'époque, elle parvient à y revenir en qualité de concubine du nouvel Empereur Gaozong. L'impératrice qui y voit un moyen de contrer la favorite, favorise ce retour, mais c'est mal connaître l'ambition qui ronge la nouvelle concubine, qui n'hésite pas à éliminer ses deux principales rivales et à accéder au statut de première Epouse.
Wou est une femme intelligente, et peu à peu, elle prend les rênes du pouvoir au nom d'un Empereur maladif et effacé. Elle l'isole, élimine les concubines, les conseillers trop indépendants à son goût, et peu à peu les prétendants possibles à la succession.
Rien n'est trop beau pour cette Impératrice qui fait construire des palais, impose une nouvelle magnificience dans les cérémonies, sans considération pour l'état économique, social et financier de l'Empire, et se créé une légende.
Ce dernier trait se développe tout particulièrement après la mort de l'Empereur, Wou se présentant comme une réincarnation de Bouddha et commençant à instaurer pas à pas sa dynastie.
Le régime est implacable, le gouvernement confié à quelques favoris ou autres brutes qui mettent en place une politique de la terreur, dont sait habilement jouer celle qui entend régner sans partage, en maintenant en vie un héritier du trône, qu'elle utilise au besoin pour légitimer certaines actions ou inventer des complots et punir les coupables.
Cette femme est un tyran ordinaire mais le fait qu'elle soit une femme, le pouvoir qu'elle confie à ses amants et sa volonté de détruire la dynastie des T'ang, sont autant de griefs qui contribuent à l'action de quelques dignitaires intègres (car il en reste encore dans la Chine de ce début du VIIIème siècle) , attachés à l'ordre et à la tradition, qui finissent par déposer l'Impératrice et restaurer dans leurs fonctions les rares survivants de la dynastie des T'ang et leurs sympatisants.
Ce livre se présente comme un témoignage, celui du petit-fils de l'Impératrice, qui oscille entre admiration et répulsion vis-à-vis de cette aïeule , avec de multiples nuances en réponse aux diverses facettes de ce personnage peu commun.